Oublier (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Crier ). X e siècle, oblier. Issu du latin oblivisci, de même sens.

I. V. tr.
1. Perdre le souvenir de quelque chose, ne pas en avoir conservé la mémoire. Oublier une date, un nom. J'avais oublié ce détail. J'ai tout oublié de ces évènements. Un acteur qui oublie son texte. J'avais oublié qu'il devait nous accompagner. Absolt. Il oublie aussi vite qu'il apprend. Au participe passé, adjt. Un auteur bien oublié. Loc. Sans , N'oublions pas, formules dont on use pour souligner, notamment au terme d'une énumération, un élément jugé particulièrement important. Il a publié des romans, des essais, sans un recueil de poésies. N'oublions pas le rôle qu'il a joué dans cette affaire. Expr. Oublier l'heure, laisser passer l'heure où l'on avait quelque chose à faire, se mettre en retard. Allusion historique. Ils n'ont rien appris, rien oublié, propos attribué à Talleyrand, et qui visait l'arrogance et le ressentiment dont firent preuve certains émigrés à leur retour en France, en 1815. Spécialt. Ne-m'oubliez-pas, autre nom du myosotis.
2. Négliger, omettre de faire quelque chose. Il a oublié d'éteindre la lumière. On a oublié de me prévenir. Vous avez oublié de signer ce chèque. Par ext. Laisser par mégarde en un lieu, omettre d'emporter avec soi. Oublier ses gants, son parapluie.
3. Cesser de penser à, ne plus se préoccuper de, ne pas tenir compte de ; écarter de son esprit. La chaleur de son accueil nous a fait les fatigues du voyage. Chercher à ses soucis et, absolt., chercher à . Il a été oublié dans le partage. Fontenelle disait que la mort l'avait oublié. Vous oubliez bien vite vos promesses. Je n'oublierai jamais, je n'aurais garde d' ce que je vous dois, je vous en serai toujours reconnaissant. Oublier les convenances. Oublier toute prudence. Vous oubliez à qui vous parlez, vous oubliez qui je suis, se dit pour rappeler quelqu'un aux égards, au respect qu'il vous doit. À propos d'une personne. La négliger, la délaisser, ne pas lui manifester la sollicitude qu'on lui doit. Depuis son départ, il oublie ses parents, ses amis. Vous ne venez plus nous voir, vous nous oubliez. N'ayez crainte, je ne vous oublie pas, se dit pour inviter quelqu'un à la patience. Expr. fig. Se faire , détourner l'attention de soi, de ses actions passées, de ses agissements. Fam. En le boire et le manger, être absorbé par une occupation, un souci, une passion au point de négliger les nécessités de la vie. N'oubliez pas le guide, le service ! se dit pour inviter à la générosité. Il a oublié d'être bête, il est loin d'être sot, il a l'esprit plus vif qu'il n'y paraît. Fig. Ne pas garder rancune d'une action, pardonner, excuser. N'en parlons plus, c'est oublié, déjà oublié. Je ne l'oublierai pas de sitôt, je ne suis pas près de l'oublier, pour exprimer l'irritation, la colère, marquer le ressentiment. Il n'oublie rien, se dit d'un homme rancunier, vindicatif. Je veux bien, je préfère ce qui s'est passé. Oublier une injure, une offense . Il cherche à faire ses erreurs passées . Prions Dieu d' nos fautes.

II. V. pron.
1. Manquer à ce qu'on doit aux autres ou à soi-même. Vous vous oubliez, se dit pour reprendre quelqu'un, le rappeler aux usages, à la bienséance. Fam. et par euphémisme. S'oublier , être victime d'une incontinence accidentelle.
2. N'avoir aucun souci de soi, ne faire aucun cas de ses intérêts. Par litote. Dans la répartition des bénéfices, il ne s'est pas oublié.
3. Avec un sens passif. Sortir de la mémoire, s'effacer du souvenir. Tout s'oublie ! Les célébrités d'un jour s'oublient vite .


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Perdre le souvenir de quelque chose. "Je savais tout cela par coeur, je l'ai oublié. Oublier sa leçon. Vous avez oublié de venir ce matin. J'avais oublié de vous dire telle chose. J'ai oublié qu'il devait venir me chercher. Vous avez oublié votre commission. N'oubliez pas que je vous attends." Absolument, "Il oublie aussi vite qu'il apprend."
"Oublier l'heure," Laisser passer, par inattention, l'heure où l'on avait quelque chose à faire. "J'avais un rendez-vous, j'ai oublié l'heure."
"Se faire ," Détourner l'attention de soi-même, faire que les autres ne pensent plus à ce que l'on a fait.
"Oublier qui l'on est," Se méconnaître; Vouloir s'élever par orgueil au-dessus de sa condition. "Vous oubliez qui vous êtes." On dit aussi "Vous oubliez qui je suis," Vous n'avez pas pour moi le respect, les égards que vous me devez.
OUBLIER signifie aussi Laisser quelque chose en quelque endroit, par inadvertance. "Il a oublié ses gants, sa canne, son parapluie."
Il signifie aussi Omettre, manquer à faire mention de quelque chose dans un écrit, dans un discours. "Vous avez oublié le titre de ce livre dans votre catalogue. Vous avez oublié son nom sur votre liste."
Il signifie aussi Négliger". Oublier le soin de sa fortune. Je n'ai rien oublié pour le persuader. On n'a rien oublié de tout ce qui pouvait lui être utile ou agréable."
Il signifie aussi Manquer à quelque obligation. "Oublier ses devoirs. Oublier le respect, les égards qu'on doit à quelqu'un."
Il signifie aussi Ne point conserver de reconnaissance". Il a oublié tout ce que j'ai fait pour lui. Je n'oublierai jamais vos bienfaits. Je n'oublierai jamais ce que je vous dois."
Il signifie aussi Ne point garder de ressentiment. "Il faut vous réconcilier et tout ce qui s'est passé. Oublier une injure, une offense. Prions Dieu d' nos fautes. J'oublie le passé, mais ne recommencez pas. J'oublie ses torts et je lui pardonne."
Il se dit souvent en parlant des Personnes et signifie Négliger quelqu'un, ne pas songer à lui, manquer à lui faire du bien dans une occasion qui se présente. "Depuis qu'il a fait fortune, il oublie ses parents, ses amis. Il a des parents pauvres, qu'il oublie tout à fait. Comptez sur moi, je ne vous ai pas dans l'occasion. N'oublions pas les absents."
Il se dit aussi par forme de reproche obligeant. "Vous ne venez plus nous voir, vous nous oubliez."
S'OUBLIER signifie Manquer à ce qu'on doit aux autres ou à soi-même". Se serait-il si fort oublié que de vous manquer de respect? Vous êtes-vous oublié jusqu'à ce point? Ce domestique s'est oublié au point de dire des injures à son maître." Familièrement, il se dit par euphémisme pour Commettre une incongruité.
Il signifie encore Ne pas être occupé de soi-même, négliger ses intérêts". S' pour penser aux autres. Dans la répartition des bénéfices, il ne s'est pas oublié. C'est un homme qui soigne ses intérêts : il ne s'oublie jamais."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   N'avoir pas souvenir de. N'oubliez pas que je vous attends.
PASC.: « En écrivant ma pensée, elle m'échappe quelquefois ; mais cela me fait souvenir de ma faiblesse, que j'oublie à toute heure ; ce qui m'instruit autant que ma pensée oubliée, car je ne tends qu'à connaître mon néant »
BOSSUET: « Qu'il n'y avait sans formalité qu'à vous dire ses intentions, et que vous iriez encore au delà et suppléeriez de vous-même à tout ce qu'il pourrait avoir oublié »
BOSSUET: « Elle [la vérité] est dans les consciences, je dis même dans les consciences des plus grands pécheurs ; mais elle y est souvent oubliée »
RAC.: « Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix »
RAC.: « Lasse de vains honneurs, et me cherchant moi-même, Aux pieds de l'Éternel je viens m'humilier, Et goûter le plaisir de me faire »
RAC.: « De ce couple perfide J'avais presque oublié l'attentat parricide »
RAC.: « Avez-vous bien promis d' ma mémoire ? »
ROLLIN: « Moins de cent quarante ans après, Archimède était déjà si parfaitement oublié de ses citoyens malgré les grands services qu'il leur avait rendus, qu'ils niaient qu'il fût enterré à Syracuse »
VOLT.: « Il n'y a pas grand mal à être oublié, c'est même souvent un bonheur ; le mal est d'être persécuté »
STAËL: « Oublier si vite ce qu'on a aimé, c'est flétrir le passé au moins autant que l'avenir »
    Il a peur que je n'oublie mon nom, c'est-à-dire il m'appelle sans cesse.
DANCOURT: « Madame Perrinelle par-ci, madame Perrinelle par-là : elle a peur que j'oublie mon nom, je pense »
    Fig. Il a oublié la commission, il a négligé de la faire et il a gardé l'argent.
    Avec un infinitif, prend la préposition de.
J. J. ROUSS.: « Je n'oublierai jamais d'avoir vu beaucoup pleurer une petite fille qu'on avait désolée avec la fable du loup et du chien »
    Familièrement. Il a oublié d'être bête, se dit d'une personne qui est loin de manquer d'intelligence.
    Absolument. Il apprend facilement et il oublie de même.
VOLT.: « On oublie trop et trop vite »

 2   Ne pas songer à.
SÉV.: « Il vaut mieux que nous oubliions le passé »
TH. CORN.: « Si j'aime encor Thésée, oublié-je qu'il fuit ? »
QUIN.: « Que deux coeurs unis sont heureux D' le reste du monde ! »
LA BRUY.: « Vouloir quelqu'un, c'est y penser »
VOLT.: « Le meilleur parti qu'on puisse prendre contre la calomnie, c'est de l'oublier »
J. J. ROUSS.: « J'oublie aisément mes malheurs, mais je ne puis mes fautes, et j'oublie encore moins mes bons sentiments »
    Oublier l'heure, laisser passer l'heure où l'on avait quelque chose à faire.
    Oublier l'heure, les heures, perdre le sentiment du temps en quelque occupation agréable. On oublie l'heure, les heures à lire, à jouer.
    Oublier de, avec un infinitif, manquer à quelque chose par défaut de mémoire.
SÉV.: « Je crois que vous n'avez pas oublié aussi d'écrire ou de faire faire un compliment par M. d'Hacqueville à Mme et à M. de Lavardin »
    Oublier à, même sens.
VOIT.: « J'oubliais à vous dire que.... »
CORN.: « J'oubliais à remarquer que la prison où je mets Égée est un spectacle désagréable que je conseillerais d'éviter »
PELLISSON: « On n'avait point oublié à délibérer sur la principale occupation de l'Académie, sur ses statuts et sur les lettres qu'il fallait pour son établissement »
PASC.: « J'ai oublié à vous dire qu'il y a des Escobar de différentes impressions »
SÉV.: « J'oubliai inhumainement, contre l'ordinaire des grand'mères, à vous parler de ma petite d'Aix »
SÉV.: « Je crois que vous n'avez pas oublié à remercier Dieu »
    Oublier à, se dit ou plutôt s'est dit (car cette locution vieillit) pour perdre l'habitude de quelque chose. Si vous ne lisez jamais, vous finirez par à lire.
CORN.: « Le trouble de vos sens dont vous n'êtes plus maître Vous a fait , seigneur, à me connaître »

 3   Laisser par inadvertance. Il a oublié sa canne.

 4   Omettre, ne pas faire mention de. Il a oublié une citation importante.
FLÉCH.: « Rendait-il compte d'une bataille, il n'oubliait rien, sinon que c'était lui qui l'avait gagnée »

 5   Négliger.
TH. CORN.: « Pour elle contre vous qu'ai-je oublié de faire ? »
BOSSUET: « L'Égypte n'oubliait rien pour polir l'esprit, ennoblir le coeur, et fortifier le corps »
BOSSUET: « Je voudrais qu'elle [une affaire] fût perdue, à condition que celles de Jouarre prissent fin ; je n'y ai rien »
MONTESQ.: « Ils [les Romains] n'oublièrent rien pour avoir des chevaux numides, des archers crétois, des frondeurs baléares, des vaisseaux rhodiens »

 6   Laisser de côté. Il oubliait sa grandeur.
BOURDAL.: « Vous avez oublié vos plus justes prétentions, quand il a fallu donner des marques de votre zèle et de votre foi »

 7   Manquer à, se mettre hors.
SÉV.: « M. de Pompone n'était pas de ces ministres sur qui une disgrâce tombe à propos, pour leur apprendre l'humanité, qu'ils ont presque tous oubliée »
FLÉCH.: « On avait oublié pour ces étrangers jusqu'à cette politesse singulière qui distingue notre nation »
RAC.: « On se plaint qu'oubliant son sang et sa promesse, Il élève en sa cour l'ennemi de la Grèce »
RAC.: « Tes prières m'ont fait mon devoir »
    Ne point conserver de reconnaissance.
RAC.: « Oui, je vous ai promis et j'ai donné ma foi De n' jamais tout ce que je vous doi »
MONTESQ.: « Oublie tous mes services passés, regarde-moi comme un traître, et punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher »
    Ne point garder de ressentiment.
BOSSUET: « Dans des fautes si sincèrement reconnues et dans la suite si glorieusement réparées par de fidèles services, il ne faut plus regarder que l'humble reconnaissance du prince qui s'en repentit, et la clémence du grand roi qui les oublia »
VOLT.: « Le bonheur de te voir me fait tout »
    Absolument.
D'ALEMB.: « Fontenelle, qui, par modération ou par prudence, ne se vengeait jamais et se plaignait rarement, oubliait encore moins »

 8   En parlant des personnes, négliger quelqu'un, ne pas agir envers lui comme on le devrait.
FÉN.: « Il est vrai qu'on oublie bientôt les gens qui se sont dépouillés »
    Par forme de reproche obligeant. Vous ne venez plus nous voir, vous nous oubliez.
    N'oubliez pas les pauvres, les malades, les besoins de l'église, espèce de formule qui s'emploie à l'église, quand on quête pour les pauvres, pour l'oeuvre, pour les besoins de l'église.

 9   Oublier qui l'on est, se méconnaître, vouloir, par orgueil, s'élever au-dessus de sa condition.
    On dit aussi : vous oubliez qui je suis, c'est-à-dire vous n'avez pas pour moi les égards que vous me devez.
RAC.: « Agamemnon : Oubliez-vous ici qui vous interrogez ? - Achille : Oubliez-vous qui j'aime et qui vous outragez ? »

 10   S'oublier, v. réfl. Perdre le souvenir de soi-même.
LAMOTTE: « De cette étude opiniâtre Quel charme le rend idolâtre ? C'est qu'il s'oublie, et c'est assez »
LAMART.: « Ah ! vous pleurer est le bonheur suprême, Mânes chéris de quiconque a des pleurs ; Vous c'est s' soi-même : N'êtes-vous pas un débris de nos coeurs ? »

 11   Être oublié.
STAAL: « Cette affaire me parut si médiocrement bonne, que je souhaitai qu'elle s'oubliât tout à fait »
VOLT.: « Il [un scandale] fut bientôt oublié, comme tout s'oublie »
A. CHÉN.: « Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la France Vit luire hélas ! en vain, sa dernière espérance, Ministres dont le nom ne s'est point oublié »

 12   Ne plus penser à l'heure, à ce qu'on fait.
LAMOTTE: « Heureux cent fois l'auteur avec qui l'on s'oublie ! »
MARMONTEL: « Ils s'oublient quelquefois chez Mlle l'Espinasse »
GENLIS: « Mais je m'oublie tout en causant ; il est midi ; j'ai vingt personnes à déjeuner qui doivent être arrivées à présent »

 13   Perdre le souci, le soin de soi-même.
CORN.: « Absorbé tout en toi par un parfait amour, Je m'oublierai moi-même et fuirai tout le reste »
RAC.: « Que dis-je ? en ce moment mon coeur hors de lui-même S'oublie et se souvient seulement qu'il vous aime »
VOLT.: « Il faut s' entièrement quand on veut instruire les hommes, et n'avoir en vue que la vérité »
    Particulièrement. Négliger le soin de ses propres intérêts. Il ne s'est pas oublié.
RAC.: « Et je dois d'autant moins sa vertu, Qu'elle-même s'oublie »
FÉN.: « Il s'oublie lui-même pour se sacrifier au bien public »
J. J. ROUSS.: « Nous avons oublié M. Abauzit ; ah ! dites, méchant ami ! cet homme respectable qui passe sa vie à s' soi-même, doit-il être oublié des autres ? »

 14   Faire avec négligence.
FONTEN.: « Si le peintre ne se fût pas oublié dans le petit paysan, les raisins n'eussent pas eu ce succès prodigieux »

 15   Manquer à ce que l'on doit aux autres ou à soi-même.
CORN.: « Une grande princesse à ce point s'oublier, Que d'admettre en son coeur un simple cavalier ! »
BOSSUET: « David s'oublie pour un peu de temps »
SAINT-SIMON: « Le roi blâma le premier président en le taxant d'impertinent qui s'oubliait »
MASS.: « Dès qu'on a oublié la dignité de son état, on s'oublie bientôt soi-même »
LESAGE: « Sortez, Lucinde ; quand de grands seigneurs s'attachent à de petites créatures comme vous, elles ne doivent pas pour cela s'oublier »
VOLT.: « À cet indigne mot je m'oublierais peut-être »
J. J. ROUSS.: « Il s'oublia jusqu'à présenter un mémoire au sénat pour me faire arrêter »

 16   Devenir vain, orgueilleux. Les parvenus s'oublient aisément.
PASC.: « Il faut s' soi-même pour cela [les grandeurs], et croire qu'on a quelque excellence réelle au-dessus d'eux [les inférieurs] »
BOILEAU: « L'esprit dans ce nectar heureusement s'oublie : Chapelain veut rimer, et c'est là sa folie »
RAC.: « Les ennemis offensés de sa gloire.... En leur fureur de nouveau s'oubliant »
VOLT.: « Polyphonte, abusant de mon triste destin, Ose enfin s' jusqu'à m'offrir sa main »

 17   On a dit, dans le XVIIe siècle, s' de, ne plus songer à, emploi qui a vieilli.
CORN.: « De mon propre néant jamais ne m'oublier »
BOSSUET: « Et, s'oubliant de ce qu'il est en lui-même, il [un grand, flatté] se va chercher dans les discours des autres, et s'imagine être tel que la flatterie le représente »
BOSSUET: « Que les sciences humaines s'oublient de leur dignité, jusqu'à n'avoir plus d'usage que dans le commerce, ce n'est pas à moi, chrétiens, de le déplorer dans cette chaire »
    On a dit aussi dans le même sens : s' que.
FLÉCH.: « La bravoure l'a emporté sur la prudence, et l'on s'est oublié que l'on était capitaine pour faire le métier de soldat »

PROVERBES
    Il n'oublie pas ses mains, se dit d'un homme qui vole ou qui exige.
    Est bien fou qui s'oublie, c'est-à-dire c'est une folie de ne pas songer à soi.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XC: L'enseigne [de] Charle n'i devons ublier
    XIIème siècle
     Ronc. p. 166: Geofroiz d'Anjou ne s'est pas oblié [n'a pas oublié ce qu'il avoit à faire]
     Couci, I: Quant jà pour riens qui soit née N'oublierai ceste honor
     ib. p. 121: Pour ce n'ai-je mie oublié à aimer bien et loiaument
     Sax. I, p. 120: ....Baudoin, garde-toi ; Trop te puez oblier avec fame de roi
     Th. le mart. 159: E à un hospital à dous liwes de là, à heberchier les povres li reis ne s'ublia ; Kar de rente à cel liu par an cent sols dona
    XIIIème siècle
     ib. CXXXI: Et Symons passe avant [s'avance], mie ne s'oublia
     Chr. de Rains, p. 43: Diex, qui n'oublie pas les siens
     la Rose, 2754: Et por la joie convient lors Que li cuers oblit ses dolors, Et les tenebres où il iere [était]
JOINV.: « Je vous avoie oublié à dire que, quant le comte de Japhe fu descendu, il fist tendre ses paveillons »
    XVème siècle
E. DESCH.: « Car je voy bien, qui aime à tart oublie »
     Patelin: Allez, n'oubliez pas à boire, Si vous trouvez Martin garant
     Bouciq. I, 11: En cette compaignie ne s'oublia pas le bon Bouciquaut, qui moult envis eust demeuré derriere
     Gerard de Nevers, p. 88, dans LACURNE: Tout oublié devint, sa maladie luy osta la memoire
     Perceforest, t. II, f° 117: Les personnes qui en la place estoient, avoient comme tout oublyé leur memoire, car il ne leur souvenoit fors que ce qu'ilz veoient
    XVIème siècle
DU BELLAY: « Au milieu des tormens, oubliant ma douleur, Je me resjouïray de voir vostre malheur »
MARG.: « Celles que forte amour a fait [s'oublier] »
MONT.: « Je m'y plaisois, mais je ne m'y oubliois pas »
MONT.: « Il avoit ouï dire qu'il se falloit pour le prochain »
LANOUE: « Quand on les jette, comme on dit, avec les pechez oubliez »
CARL.: « Il s'en oublia [il oublia sa promesse] ou n'osa »
CARL.: « Encores s'oublierent ils d'ung merveilleux advantaige qu'ils avoient sur nous »
AMYOT: « Il s'oublia jusques à dire des paroles presomptueuses, et user de fieres menaces »
AMYOT: « S'ils ont envie de fourvoyer, qui les redressera ? s'ils s'oublient, qui les corrigera ? »

ÉTYMOLOGIE
    Bourg. obliai ; Berry, oblier, obelier ; provenç. oblidar ; espagn. olvidar ; ital. obbliare ; d'un verbe fictif oblitare, fait du supin oblitum, de oblivisci, , qui vient de ob, et d'un radical liv que Corssen, Nachtr. p. 34, rattache à livor, livere, lividus ; oblivisci signifierait donc pâlir, s'obscurcir. HORACE, Odes, IX, 30, a dit lividas obliviones.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Perdre le souvenir de quelque chose. "Je savais tout cela par coeur, je l'ai oublié. Oublier sa leçon. Il apprend facilement, et oublie de même. Vous avez oublié de venir ce matin. J'avais oublié de vous dire telle chose. J'ai oublié qu'il devait venir me chercher. Vous avez oublié votre commission. N'oubliez pas que je vous attends. J'ai oublié tout net la note que vous m'aviez demandée."
"Oublier l'heure," Laisser passer, par inattention, l'heure où l'on avait quelque chose à faire. "J'avais un rendez-vous, j'ai oublié l'heure."
"Oublier à chanter, à danser, etc.," En perdre l'usage, l'habitude. Il vieillit.
Prov., "Il a oublié la commission," Il a négligé de la faire, et a gardé l'argent.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Laisser quelque chose en quelque endroit, par inadvertance. "Il a oublié ses gants, sa canne, sa bourse, sa clef, etc."
Il signifie aussi, Omettre, manquer à faire mention de quelque chose dans un écrit, dans un discours. "Vous avez oublié le titre de ce livre dans votre catalogue. Vous avez oublié son nom sur votre liste. En citant ce passage, vous avez oublié le nom de l'auteur. Il a oublié, dans son discours, de parler de telle chose."
Il signifie aussi, Négliger. "Oublier le soin de sa fortune. Je n'ai rien oublié pour le persuader. On n'a rien oublié de tout ce qui pouvait lui être utile ou agréable."
Il signifie aussi, Manquer à quelque obligation. "Oublier ses devoirs. Oublier le respect, les égards qu'on doit à quelqu'un."
Il signifie aussi, Ne point conserver de reconnaissance. "Il a oublié tout ce que j'ai fait pour lui. Je n'oublierai jamais vos bienfaits. Je n'oublierai jamais ce que je vous dois."
Il signifie aussi, Ne point garder de ressentiment. "Il faut vous réconcilier, et tout ce qui s'est passé. Oublier une injure, une offense. Prions Dieu d' nos fautes. J'oublie le passé, mais ne recommencez pas. J'oublie ses torts et je lui pardonne."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit souvent en parlant Des personnes, et signifie, Négliger quelqu'un, ne pas songer à lui, manquer à lui faire du bien dans une occasion qui se présente. "Depuis qu il a fait fortune, il oublie ses parents, ses amis. Il a des parents pauvres, qu'il oublie tout à fait. On a donné des emplois à beaucoup de personnes, et l'on vous a oublié. Comptez sur moi, je ne vous ai pas dans l'occasion. N'oublions pas les absents. Il m'a oublié dans son testament. Ne m'oubliez pas. Je ne vous oublie pas."
Il se dit aussi par forme de reproche obligeant. "Vous ne venez plus nous voir, vous nous oubliez."
"N'oubliez pas les pauvres, n'oubliez pas l'oeuvre, n'oubliez pas les besoins de l'église, etc." Espèce de formule qui s'emploie à l'église, quand on quête pour les pauvres, pour l'oeuvre, pour les besoins de l'église, etc.
"Oublier qui l'on est," Se méconnaître, vouloir s'élever par orgueil au-dessus de sa condition. "Vous oubliez qui vous êtes." On dit aussi, "Vous oubliez qui je suis," Vous n'avez pas pour moi le respect, les égards que vous me devez. Ces manières de parler vieillissent.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie avec le pronom personnel, et signifie, Manquer à ce qu'on doit aux autres ou a soi-même. "Se serait-il si fort oublié que de vous manquer de respect? Vous êtes-vous oublié jusqu'à ce point? Ce domestique s'est oublié au point de dire des injures à son maître. Elle s'est oubliée jusqu'à frapper son laquais. Vous vous oubliez, lorsque vous osez me parler si impoliment."
Il signifie aussi, Devenir vain, orgueilleux, insolent dans la prospérité. "Les gens de fortune, les parvenus s'oublient aisément. La prospérité est souvent cause que l'on s'oublie."
Il signifie encore, Négliger ses intérêts, ne pas se servir de l'occasion, n'en pas profiter. "Il fait le compte des autres; il ne s'oubliera pas. Il ne s'est pas oublié." En ce sens, on dit proverbialement, "Est bien fou qui s'oublie."




Emplacement dans le dictionnaire :

ouâille
ouais
ouate
ouaté
ouater
oubli
oubliance
oublie
oublié

oubliette
oubliettes
oublieux
ouche
ouest
ouf
ouf !
ouï
oui
ouï-dire
ouïcou




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...des choses imaginaires, effacées... je désirais me rendormir, pour la revoir ; l'idée que c'était fini, rien qu'un rêve, me causait une déception, presque une désespérance. Et je fus très long à l'oublier ; je l'aimais, je l'aimais tendrement ; dès que je repensais à elle, c'était avec une commotion intérieure, à la fois douce et douloureuse ; tout ce qui n'était pas elle me semblait, pour le moment,...


Citation n°2 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...de tous ceux que réglemente le droit administratif. Il est vrai que les obligations proprement contractuelles peuvent se nouer et se dénouer par le seul accord des volontés. Mais il ne faut pas oublier que, si le contrat a le pouvoir de lier, c'est la société qui le lui communique. Supposez qu'elle ne sanctionne pas les obligations contractées ; celles-ci deviennent de simples promesses qui n'ont...


Citation n°3 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...que l'échange suppose toujours quelque division du travail plus ou moins développée. Il est vrai que les contrats que nous venons de citer ont encore un caractère un peu général. Mais il ne faut pas oublier que le droit ne figure que les contours généraux, les grandes lignes des rapports sociaux, celles qui se retrouvent identiquement dans des sphères différentes de la vie collective. Aussi chacun de...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...plus considérable qu'il est plus récent. Sur ce point, le doute n'est pas possible. Sans doute, il n'en résulte pas que la sphère de l'activité individuelle devienne plus petite. Il ne faut pas oublier, en effet, que s'il y a plus de vie réglementée, il y a aussi plus de vie en général. C'est pourtant une preuve suffisante que la discipline sociale ne va pas en se relâchant. Une des formes qu'elle...


Citation n°5 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...satisfait pas aux conditions de validité exigées par la loi. Sans doute, dans la grande majorité des cas, le contrat n'est plus maintenant astreint à des formes déterminées ; encore ne faut-il pas oublier qu'il y a toujours dans nos codes des contrats solennels. Mais si la loi, en général, n'a plus les exigences formalistes d'autrefois, elle assujettit le contrat à des obligations d'un autre genre....


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